Connemara, Nicolas Mathieu

Et puis cette phrase qui coupait la vie en deux : maman est morte.

Alors, tout était allé encore plus vite, jusqu’à cette formidable course d’endurance : l’âge adulte, avec sa fatigue sans rebord qu’on n’avoue jamais, un effort après l’autre et puis derrière, le suivant, parce que le boulot, les enfants et déjà un peu la mort, discrète mais qu’on sent poindre parce qu’il faut deux jours pour récupérer d’une mine, que le sommeil est devenu une brume légère que chasse le moindre souci, et demain ce sera déjà fini.

C’est comme ça que Christophe avait compris, cette vie n’avait pas été la sienne. Elle n’avait fait que l’emprunter, comme un pont, une paire de chaussures, ne lui laissant à quarante ans qu’un chapelet de souvenirs flous. Au fond, il n’était bon qu’à donner sa force pour un dessein qui ne le regardait pas. A travers lui, le monde s’était perpétué sans lui demander son avis. Quand on regardait ça à distance, c’était à se flinguer.